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Ce qui se cache derrière les «je t'aime»

 
  Lorsque l'on est amoureux, il n'y a rien de plus important pour chacun que d'entendre ces deux mots : «je t'aime». Ces mots, ont une valeur sentimentale : ils rassurent sur le fait de savoir que l'autre a besoin de nous. C'est pour cela qu'on dit généralement que ce mot ne se prononce pas n'importe quand, car il est censé «venir du cœur». En d'autres termes, on est censé dire je t'aime lorsqu'on sent qu'il est nécessaire de le dire, que c'est plus fort que soi. Quel est le risque alors lorsqu'on aime, sinon que la personne qu'on aime nous prononce ces mots sans parler sincèrement ? 
  C'est ainsi qu'on en arrive à éviter de faire confiance, et à considérer qu'une personne qui dit qu'elle nous aime en très peu de temps ne dit pas la vérité. Le «je t'aime» peut-il être sincère même lorsqu'il est dit très vite ? 
  Tout d'abord, qu'est-ce veut dire «je t'aime» ? Dire je t'aime, c'est affirmer en premier lieu, qu'on est attiré par la personne qu'on aime, qu'on y est attaché car son absence fait mal. Alors il faudrait dire je t'aime lorsque l'on ressent le manque de l'autre. Ensuite, on dit je t'aime, parce que la manière d'être de l'autre, c'est-à-dire ses qualités, ainsi que son apparence, nous plaisent. 
  Mais on peut néanmoins noter un paradoxe évident. En effet, si, aimer, c'est ressentir le manque et apprécier ses qualités et son apparence, alors il devient possible de dire qu'on aime ne objet, puisque lorsque l'on veut s'acheter une paire de chaussures ou une montre, on dit qu'on les «aime», parce qu'on ne les a pas, et qu'ils nous plaisent. Si tel est le cas, alors le mot «je t'aime», n'a aucune valeur lorsqu'on le dit à quelqu'un. Or, on le sait, si les je t'aime font tant de plaisir et éveillent autant d'émotions, c'est que lorsqu'ils sont prononcé et entendus par un être humain ou prononcé pour un être humain, ils ont une «valeur» qu'une montre ou une paire de chaussures ne pourraient pas comprendre, ni attribuer. 
  Quand quelqu'un dit qu'il nous aime, il y a un échange entre nous : il nous dit qu'il nous aime (sincèrement ou non), et nous entendons ce mot, qui, pour nous, aura une valeur (ou non). Pour que le je t'aime aie un sens, il faut que nous l'acceptions, et accepter un je t'aime, c'est le laisser nous envahir, nous faire croire que l'amour existe vraiment. L'amour n'existe pour un homme ou une femme, que s'il a l'impression de pouvoir être aimé par quelqu'un. 
  On comprend alors que le problème central du je t'aime, est celui de connaître la valeur qu'autrui lui attribue. Or, autrui, est cet être qu'on ne peut pas saisir, dont on ne peut pas vérifier s'il dit la vérité, et s'il est sincère, parce qu'il n'est pas nous. Il se pourrait qu'autrui joue la comédie et ne nous prononce ces mots que par intérêt. De ce fait, accorder à ses paroles une valeur positive, c'est prendre un risque : celui d'être blessé dans le cas où ces mots seraient faux. 
  Du reste, on dit qu'il n'y a pas d'amour, mais des «preuves d'amour». Ce propos est absurde, parce que, premièrement, le je t'aime, lorsqu'il est sincère, est immatériel, car même le dire n'est pas censé suffire à décrire ce que l'on ressent. D'autre part, s'il y avait des preuves d'amour, il faudrait envisager de les énumérer, ce qui est impossible puisque chacun interprète à sa manière, les agissements de la personne qu'il aime. Il y a des amoureux maladroits, qui ne savent pas montrer qu'ils aiment autrement que par la violence, ou que par l'ignorance : une personne peut sincèrement dire nous aimer, mais ne pas prêter attention à nous, et donc, nous donner l'impression d'être une menteuse, alors qu'elle est sérieuse. Et il y a également des trompeurs adroits, qui jouent les romantiques par intérêt, et donc, nous font croire qu'ils nous aiment sincèrement.
  En dernier lieu, on peut penser que l'idée selon laquelle dire je t'aime doit
prendre du temps, est fausse, car parfois l'amour nous dépasse. Aimer est parfois absurde: nous pouvons aimer quelqu'un pour la pure et simple raison qu'il nous ignore et qu'il nous échappe, tout en sachant que cette ignorance nous fera souffrir. Dans le Mentalist, Jane avoue à Lisbon qu'il l'aime et l'a toujours aimée depuis le premier jour, parce qu'elle s'apprête à le quitter pour toujours en allant à Washington. Il se rend compte alors qu'il ne pourra plus s'amuser en ne s'engageant pas : c'est pourquoi son je t'aime est sincère. Quant à Lisbon, elle aussi l'aimait depuis longtemps, mais il lui échappait sans cesse en l'ignorant, alors, bien qu'elle le refuse, le je t'aime de Jane a une valeur absolue pour elle, et elle peut lui dire je t'aime à son tour, tout aussi sincèrement. Tout cela est logique, parce que l'essence de l'amour, c'est l'absence et l'échappement, qui nous poussent à nous dépasser, pour aller vers l'autre. Dans ce mouvement de dépassement, nous évaluons et interprétons l'autre et ses actes, si bien que nous donnons nous même le sens à ce qu'il fait, nous donnons un sens et définissons l'amour. En somme, le je t'aime n'a pas d'autre valeur que celui que nous lui donnons, et donner ce sens, c'est prendre le risque de souffrir, mais sans risque, l'amour n'existe plus, puisqu'il réside justement dans la possibilité de perdre la personne aimée. Dans un prochain article, on s'interrogera sur ce qui se passe quand le je t'aime est mutuellement sincère. 

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