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Dieu, le hasard et la responsabilité

«On voudrait Dieu comme guide qui montre le chemin à suivre. Seulement, derrière cette volonté, se cache souvent un désir de ne plus être totalement responsable de ce qu'on fait, ou même de ce qui arrive. Lorsqu'il arrive quelque chose, on ramène donc souvent l'origine des événements à la volonté de Dieu. Un homme qui égard un objet essentiel voir vital, qui le retrouve à un moment désespéré, aura le sentiment d'avoir eu affaire à une faveur divine du fait qu'il était tellement désespéré qu'il n'était à ses yeux même plus possible de le retrouver. Lui parler alors de hasard serait lui faire un affront. Mais pourquoi ne peut-on pas croire au hasard tout en croyant en Dieu? C'est que lorsque l'on croit en Dieu, on croit non seulement en l'idée qu'il existe, mais aussi qu'il est à l'origine de l'existence des choses elles-mêmes. Par esprit extensif, ou par désir d'agrandir son impact et sa puissance, on finit par lui attribuer le déroulement des événements ainsi que l'ordre établi. Cela ne poserait aucun problème, si d'un autre côté, on ne voulait pas parler de responsabilité humaine. Si l'on affirme que Dieu décide de tout ce qui arrive, le problème c'est qu'on ne peut plus par la suite dire qu'il fait l'homme libre, puisque chacun des événements du monde est sous son contrôle. Or, si chaque événement est sous son contrôle, à quoi bon accuser l'assassin d'avoir fauté, ou même le voleur d'avoir pêché? Si Dieu a décidé de leur acte, on est dans l'impossibilité absolue de condamner les deux hommes, qui sont eux aussi sous l'influence de Dieu lorsqu'ils agissent. Or, une telle incohérence rend impossible la crédibilité d'un jugement dernier ou même simplement humain. A quoi bon être jugé si on n'était pas responsable de ce qu'on a fait? Et à quoi bon prier puisque les événements sont déjà prévus? Il apparaît donc, comme on peut le comprendre à présent que la responsabilité ne peut pas exister sans la liberté, laquelle ne peut pas exister sans le hasard. Mais si le hasard est si mal vu par la pensée religieuse, c'est qu'il est mal compris. Le hasard n'est pas dans la disposition des choses : le monde est bien fait et organisé correctement voir intelligemment. Le hasard est dans leur existence, c'est-à-dire que les choses sont bien faites, mais qu'il est impossible d'expliquer pourquoi elles existent. Quand j'observe l'herbe, je la vois, j'apprécie sa vive couleur et sa beauté, mais je ne parviens pas à m'expliquer pourquoi elle existe. Je sais juste qu'elle existe, rien de plus. Le hasard, c'est le mystère de l'existence des choses qui ne semblent pas avoir de raison d'être au-delà de celle que lui attribue la conscience humaine. Cela ne concerne pas que les choses, mais aussi les hommes. Il est parfois bien difficile de s'expliquer l'action d'un homme. Seul cet homme lui-même détient en lui, la ou les motivations de son action. Il les détient en lui car il est libre du fait d'avoir eu la possibilité d'agir autrement. Or, si on est le seul à connaître les motivations de ses propres actions, alors on est les seuls responsables, et on ne peut de ce fait, en partager la responsabilité avec Dieu. On pense immédiatement à cette fameuse phrase de la prière chrétienne : «ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre  nous du mal». Comment Dieu pourrait-il faire tout cela si on est soi-même responsable du mal que l'on fait, et du fait de se laisser envahir par la tentation? Il en résulte qu'il est plus probable que Dieu, loin de délivrer l'homme du mal, lui délivre plutôt la capacité à s'en délivrer lui-même : la liberté. On aura  donc beau prier, on retombera sans cesse sur ses pieds, parce qu'on est à ce point responsable qu'on doit, par soi-même se libérer de ce qu'on juge mauvais.»

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