Faut-il entretenir le manque en amour ?

Je me suis pris par le passé à croire que l’absence était essentielle à l’amour, comme pour venir justifier d’éventuelles retrouvailles ou néanmoins, le sentiment de perdre quelque chose au travers de cette distance qui sépare deux individus momentanément, pour des raisons diverses et transverses comme le travail ou l’ensemble des contingences en mesure de bouleverser les lignes du quotidien idéal dont on rêve tant.


J’étais convaincu que l’amour devait être proportionnel à la tristesse provoquée par le manque de l’autre, de sorte que ma logique ne consistait pas à considérer qu’une personne nous manquait parce qu’on l’aimait, mais qu’on l’aimait parce qu’elle nous manquait.  J’ai cru par là même, qu’entretenir intelligemment le manque revenait à entretenir l’amour et que s’absenter était la clé. Et c’est encore la logique de bien des personnes que de ne pas se donner à cent pour cent dans une relation amoureuse, de ne pas trop se dévoiler, de ne pas exposer ses faiblesses, de ne pas trop exprimer de sentiments, au risque de submerger ou d’effrayer l’être aimé.

Seulement, je me suis avec le temps réinterrogé sur ce qu’il restait de sens à l’amour si, pour qu’il subsiste, il était nécessaire d’avancer à pas de fourmi, s’il ne fallait jamais prendre le risque de brusquer, de heurter ou de dégoûter une personne vis-à-vis de laquelle notre postulat est pourtant bien celui qu’elle nous aime.

Mais une personne m’aime-t-elle réellement si c’est à la condition que je dissimule mes sentiments et tout ce dont l’expression et le partage m’apaisent ? Quel est le sens d’un amour, qui, pour que la flamme ne se consume, nécessite que je m’absente de la vie de l’être aimé ? Ne serais-je pas finalement moi-même le grand brûlé de cette morbide équation ? C’est ainsi que j’ai réalisé que le manque n’était non pas un engrais, mais l’un des nombreux fruits amers de l’amour, et que quiconque se méprenait sur son essence, passait à côté de la véritable nature de ce sentiment, car aimer, c’est pouvoir manquer d’une personne que l’on côtoie en permanence.

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