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Lettre à une femme

« C'est l'homme rêvé, il correspond parfaitement à tes critères. Il a la côte auprès de toutes les filles, elles
sont toutes jalouses de toi car tu le possèdes.. Jusqu'au jour où tu croise un homme simple, qui ne te regarde même pas, et qui ne semble même pas être intéressé par les filles, et pourtant il te plait, il te plait alors qu'il est tout le contraire de ce que tu voudrais qu'il soit, tout le contraire de l'homme avec qui tu es. Es-tu en train de devenir folle ? Non, tu viens juste d'aimer quelqu'un pour de vrai, c'est à dire, sans comprendre pourquoi. Tu as beau te dire  : « je ne peux pas, je ne veux pas, je ne dois pas », c'est plus fort que toi, et ça fait mal, et pourquoi ça fait mal ?  Parce que l'amour, le vrai, ne fait pas que du bien, il se nourrit de souffrance. Si tu souffre, ce n'est pas parce que tu l'aime, non, c'est parce que c'est plus fort que toi, car on ne choisit pas d'aimer, l'amour choisit, et on aime. Tu souffres de ton impuissance. Tu souffres aussi parce que tu sais qu'il est inaccessible, que tu le désire mais lui, non, tu devras t'y faire, prendre le temps de l'oublier. Tu pensais avoir vaincu en obtenant un homme correspondant à tes critères, mais c'est l'amour en apportant avec lui ses propres critères qui t'a vaincu. Mais ce que tu réalises aussi maintenant, c'est qu'il y a une différence entre « aimer-bien » et « Aimer ». Car si je t'avais demandé pourquoi tu aimais le premier homme, tu aurais su m'exposer les raisons pour lesquelles tu l'aimais. Tu l'aimais parce qu'il étais mignon, drôle, un peu rebelle et qu'il te permettait de paraître « swag » devant les autres filles, il te donnait l'impression d'avoir enfin une valeur. C'est vrai non ? Mais penses-tu que les raisons que je viens d'exposer peuvent caractériser ce qu'est l'amour véritable ? Relis bien les raisons, et tu constatera que ce n'est pas lui que tu aimais, mais ses qualités superficielles et les sentiments que sa présence à tes côtés pouvait t'apporter.

Mais le second homme, celui que tu « aimes » vraiment, te sens-tu capable de dire pourquoi tu ressens ce que tu ressens pour lui ? Réfléchis si tu veux mais tu constatera que non. Tu as pris l'habitude de vivre dans un monde stéréotypé, et c'est pourquoi tes critères de beauté étaient basées sur des stéréotypes aussi. Seulement, l'amour véritable ne se limite pas à une liste de critères à respecter, trouver l'amour, ce n'est pas s'inscrire sur Meetic et cocher les qualités de l'homme que l'on cherche. En fait, je devrais même dire que l'amour, on ne le trouve jamais, c'est lui qui vient à nous, parce que l'amour n'est pas dehors, il est en nous sans que l'on puisse le trouver,  il nous contrôle et nous impose ses règles et ses critères, et nous n'avons pas d'autre choix que de nous y soumettre. Tu vas souffrir, mais tu vas apprendre quelque chose. Si tu demande à un homme pourquoi il t'aime, et qu'il arrive avec précision à te répondre, alors cet homme t'aime bien seulement. Tandis que l'homme qui ne saura pas te répondre sera le plus sincère et sera certainement celui qui t'aime vraiment. A toi de choisir désormais si tu préfères être aimée pour tes qualités physiques ou intellectuelles, ou totalement gratuitement, donc pour ce que tu es au-delà de ces qualités. Veux-tu vraiment savoir maintenant pourquoi l'amour basé sur les qualités physiques ou intellectuelles n'est qu'une illusion ? Très bien, je vais m'expliquer. Admettons que tu sois riche, super intelligente, gentille et extrêmement bien formée physiquement, au point de transformer les garçons qui te regardent en chiens.  Admettons que tu possèdes ces 
qualités, et qu'un homme prétende t'aimer pour ces qualités. Imaginons désormais que tu perdes ta fortune, que tu tombes dans les escaliers et que tu perdes ta mémoire dans l'accident, que ton visage garde les séquelles de l'accident, qu'il soit déformé. Où sont passé ta gentillesse et ton intelligence ? Penses-tu que celui qui t'aimais pour les qualités que tu n'as désormais plus puisse t'aimer encore ? Peux-tu désormais distinguer l'amour de l'admiration pure et simple ? Nos qualités ne sont pas éternelles, c'est pourquoi personne ne peut prétendre nous aimer pour celles-ci. 

Souviens-toi désormais de l'amour véritable, celui qu'on ne contrôle pas et que tu as toi-même vécu. Souviens-toi qu'il n'était motivé par aucune qualité, qu'il était totalement gratuit et désintéressé. Pouvais-tu savoir si l'inconnu que tu as rencontré et aimé immédiatement était gentil, méchant ou violent ? Certainement pas, il ne t'a ni regardé, ni parlé, mais pourtant, tu l'aimais quand même. Est-ce que tu arrives à distinguer désormais encore mieux l'amour de l'admiration ? Si tu l'aimais, c'est justement parce qu'il n'avait pas besoin de chercher à te correspondre pour te correspondre. En fait, puisque tes critères stéréotypées n'avaient plus d'importance quand tu l'as rencontré, je peux t'assurer qu'aucun autre que lui n'aurait pu te faire ressentir ce que tu as ressenti. D'ailleurs, tu le sais, chercher quelqu'un lui ressemblant serait inutile car l'amour disparaîtrait du même coup en laissant place à l'amour faux, à l'amour stéréotypé. Souviens-toi maintenant qu'on ne décide jamais d'aimer, mais que l'amour choisit qu'on aime. Ne te moques désormais plus de ceux ou celles qui aiment des gens qui ne correspondent pas à tes critères stéréotypés, car il est certainement possibles que ceux-là aiment vraiment. Expliques donc maintenant ce que je viens de t'expliquer à tous ces ignorants s'inscrivant sur Meetic pour trouver « le Grand Amour », dis-leur qu'ils se trompent et se condamnent à l'infidélité et à l'insatisfaction. Rappelles leur que l'amour peut frapper n'importe où et n'importe quand, et surtout, là où on ne l'attend pas. Souviens-toi surtout qu'aimer vraiment, ce n'est pas apprécier les gens qui correspondent à ce que tu veux, mais plutôt apprécier involontairement les gens qui correspondent à ce que tu ne veux pas et que tu ne connais pas. Si un jour tu te retrouves dans la même situation, alors relis cette lettre, et souviens-toi que celui ou celle qui connaît les raisons de sa propre souffrance guérit plus vite que celui ou celle qui perd son temps à en chercher la cause. »

Johan Banzouzi

Lettre à une femme




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