Requiem.

Longtemps je me suis interrogé sur ce qui se cachait derrière tes sourires, sur le genre de batailles que tu pouvais mener secrètement, dans les tréfonds de ton âme ; en des lieux où, pour sûr, je ne pouvais intervenir ; des lieux où sont conservées ces choses que tu n'osais jamais me révéler.


Nous avons tant sacrifié pour nous trouver, y laissant la majeure partie de ce que furent nos personnes et nos innocences. Que nous reste-il aujourd'hui ? Aucune lumière, pas même une petite lueur nous indiquant le meilleur chemin à suivre. A y avoir laissé de nos personnes, nous nous sommes éloignés à en devenir de parfaits étrangers.

Les souvenirs s’effacent à mesure que la mémoire s’estompe, et d’un évènement passé, il ne reste soudainement plus qu’une chanson dont les tonalités si joyeuses autrefois sonnent désormais un peu glauque. Et l’air morbide de ce requiem rythme aujourd’hui mon existence tout entière. Le croquis d’un nid d’amour recouvrait en réalité l’œuvre achevée d’un lit de mort.

Mais bien que lugubres, ces souvenirs m'en disent plus que tu ne m'en disais à ton propre propos. Aussi les laisserai-je parler pour toi, puissent-ils m’aider à ne pas tourner le dos à ce qu'il reste des fondations de notre amour en ruine. Alors avec difficulté, je m’efforce de me remémorer l'étroitesse de ce cocon dans lequel nous nous sommes progressivement, volontairement enfermés pour nous protéger mutuellement, et je souris tristement devant tous nos efforts pour s’en extraire.

J’en ai perdu la force de t'affronter plus longtemps : tu as déjà au moins un pied en dehors quand je suis toujours tout entier dedans. Je ne puis que constater avec effroi les effets secondaires de notre laxisme : ces effets que nous connaissions parfaitement, mais à qui nous avons tout de même laissé la liberté de consumer ce que nous fûmes.

Commentaires

Articles les plus consultés